Rénover le bâti ancien, oui, mais pas n’importe comment. C’est tout l’intérêt du nouveau Guide de réhabilitation énergétique du bâti d’intérêt patrimonial, publié fin juillet par les ministères du Logement et de la Culture. Après avoir longtemps cherché à faire entrer l’ancien dans les cases de la performance énergétique, le temps semble venu d’adapter la rénovation au bâtiment.
La rénovation énergétique a longtemps été l’affaire du ministère du Logement. Ce temps est révolu. Lorsqu’il s’agit de toucher au bâti ancien et au patrimoine, le ministère de la Culture a désormais son mot à dire. Une évolution loin d’être anecdotique tant l’ancien, avec ses murs épais, ses matériaux traditionnels, son inertie et ses modes constructifs singuliers se prête mal aux recettes toutes faites de la rénovation.
Le bâti ancien, une construction pas comme les autres
Le Guide de réhabilitation énergétique du bâti d’intérêt patrimonial marque une nouvelle étape dans cette prise de conscience. Il ne remet évidemment pas en cause l’objectif de rénovation énergétique, mais il invite à changer de méthode. Avant de prescrire, mieux vaut comprendre le bâtiment. Avant d’isoler, regarder comment ses parois fonctionnent. Et avant de remplacer une menuiserie, se demander si son remplacement est réellement la meilleure solution.
Les auteurs du guide le rappellent volontiers dans leur préface : une intervention inadaptée peut porter atteinte à la valeur patrimoniale du bâti, mais aussi « compromettre sa pérennité et sa performance énergétique ». À l’inverse, certains projets peuvent atteindre des gains énergétiques significatifs avec « une plus grande sobriété d’intervention ». Une approche qui invite à sortir d’une rénovation pensée par gestes, sans toujours regarder leurs conséquences sur le fonctionnement global du bâtiment.
Rénover sans tout changer
Le guide multiplie justement les exemples qui viennent bousculer quelques réflexes. Les combles, par exemple. Leur aménagement semble tellement évident, à la fois pour isoler la toiture et gagner de la surface habitable. Pourtant, les combles non aménagés peuvent jouer un rôle d’espace tampon. En hiver comme en été, ils participent au comportement thermique du bâtiment. Dans certains cas, les conserver peut donc se révéler plus pertinent que de chercher à tout prix quelques mètres carrés supplémentaires.
Même logique pour les soupiraux des sous-sols. Les condamner au moment d’une rénovation pour limiter les entrées d’air parasite peut sembler une bonne idée. Ils assurent pourtant la ventilation des caves et participent à l’évacuation de l’humidité. Leur suppression peut favoriser les moisissures et certains désordres. Dans les secteurs concernés par le radon, cette ventilation en sous-sol participe également à la prévention de son accumulation. La rénovation énergétique devient alors un exercice d’équilibriste : améliorer l’enveloppe, oui, mais sans supprimer les mécanismes qui permettent au bâtiment de fonctionner.
Les fenêtres illustrent encore mieux ce changement de paradigme. Non, une fenêtre ancienne n’est pas forcément bonne à jeter. Le guide envisage aussi leur restauration, l’amélioration des protections solaires ou encore l’installation d’une seconde fenêtre. À Bayonne, il présente ainsi le cas d’une double fenêtre intérieure qui permet de conserver la menuiserie extérieure tout en améliorant les performances thermiques et acoustiques.
Du DPE à la rénovation, le même enjeu de méthode
Le guide n’est pas consacré au DPE, mais il rejoint directement les questions qui entourent depuis plusieurs années le diagnostic du bâti ancien. Faut-il des recommandations de travaux différentes ? Des compétences particulières ? Les travaux du Cerema ont progressivement déplacé le débat : la performance énergétique ne peut être totalement dissociée des caractéristiques constructives du bâtiment.
Le nouveau guide en apporte une illustration concrète. Une rénovation pertinente suppose de tenir compte de l’histoire du bâtiment, de ses matériaux, de son environnement, mais aussi des équilibres qui conditionnent son fonctionnement. Une recommandation de travaux ne peut donc pas être totalement déconnectée de cette réalité. Restaurer plutôt que remplacer, conserver plutôt que démolir, intervenir là où le gain est réel : la sobriété peut aussi être une stratégie de rénovation.
Le message concerne directement les professionnels. Diagnostiqueurs, auditeurs, maîtres d’œuvre ou entreprises de travaux ne peuvent appréhender de la même manière une maison en pierre du XIXe siècle et un pavillon des années 1980. Plus la rénovation devient prescriptive, plus la connaissance du bâti devient déterminante.
Le guide ne propose donc pas de renoncer à la performance. Il invite plutôt à sortir d’une logique de rénovation standardisée. Après avoir longtemps cherché à faire entrer le bâti ancien dans les cases de la performance énergétique, la rénovation semble enfin prendre le chemin inverse : adapter la performance au bâtiment plutôt que demander au bâtiment de s’adapter à la performance. Dans l’ancien, la meilleure rénovation est parfois celle qui commence par ne pas vouloir tout changer.
Guide de réhabilitation énergétique du bâti d’intérêt patrimonial

