Diagnostic plomb : la machine à tube décroche enfin son ticket d’entrée

Petite révolution dans le petit monde du diagnostic immobilier. Après vingt ans à frapper à la porte de la réglementation, la machine à tube est enfin officiellement reconnue pour réaliser les diagnostics plomb. La gamme des appareils utilisés pour le Crep ou le Dripp s’élargit, même si les nouveaux arrêtés posent quelques questions et méritent un éclairage supplémentaire.

La technologie à tube à rayons X n’a franchement rien de nouveau. Elle est utilisée depuis longtemps dans le secteur de la métallurgie ou de la pollution des sols. Mais en matière de diagnostic plomb, elle restait sur le banc de touche depuis vingt ans.

Jusqu’ici, pour réaliser un Crep (Constat de risque d’exposition au plomb) ou un Dripp (Diagnostic du risque d’intoxication par le plomb dans les peintures), le diagnostiqueur n’avait guère de choix : il fallait utiliser un appareil portable à fluorescence X capable d’analyser au moins la raie K du spectre du plomb. Une exigence figée par la réglementation qui, compte tenu de la technologie disponible, revenait à réserver les diagnostics aux appareils équipés d’une source radioactive.

Vingt ans après, la machine à tube enfin reconnue

La technologie a évolué. Les nouvelles machines à tube permettent désormais de repérer le plomb en profondeur. De nouveaux essais réalisés par le Laboratoire national d’essais (LNE) en 2023 concluent à des performances proches de celles des appareils à source radioactive. Saisie sur le sujet, l’Anses a finalement recommandé en juillet 2025 de revoir les critères réglementaires.

C’est désormais chose faite : la machine à tube peut donc rejoindre la boîte à outils du diagnostiqueur. Et avec elle arrive une petite révolution : une technologie entièrement électrique, sans source radioactive, qui constitue enfin une véritable alternative aux appareils historiques.

Certes, l’appareil est plus cher à l’achat, reconnait volontiers Alain Gec, directeur général chez Quantum RX. Mais cette technologie alternative présente aussi quelques avantages : pas de source à renouveler périodiquement, une mesure qui demeure rapide quel que soit l’âge de l’appareil et aussi des contraintes allégées même si l’appareil reste soumis à déclaration. Pas besoin par exemple de mettre la machine dans un coffre-fort, le technicien peut l’embarquer avec lui le soir, et il peut même emprunter les transports en commun.

Un nouveau protocole qui interroge

Après quatre années à batailler pour faire reconnaître cette technologie, Alain Gec aurait donc de quoi se réjouir. Il reste pourtant quelque peu désappointé. Car les nouveaux textes ne se contentent pas d’ouvrir la porte aux machines à tube. Ils introduisent également des critères de performance à vérifier pour tous les appareils à fluorescence X, en cas de cession ou de maintenance. Que ce soit un renouvellement de source par exemple, ou une revente d’appareil sur le marché de l’occasion.

Et cette nouvelle annexe ajoutée aux arrêtés du Crep et du Dripp sans consultation semble-t-il des fabricants, des distributeurs ou des fédérations de diagnostiqueurs, n’a strictement rien d’anodin. Ce protocole pose question. Directement inspiré des essais réalisés par le LNE, il nécessiterait des équipements spécifiques et particulièrement lourds à mettre en œuvre. Et, selon Alain Gec, il pourrait surtout faire exploser les coûts à chaque opération de maintenance ou de cession.

« C’est un peu comme si à chaque fois que Renault vendait une voiture dans une concession, il fallait refaire tous les tests sur le véhicule, résume Alain Gec. Des tests sont naturellement nécessaires pour la mise sur le marché d’une nouvelle machine, mais il n’est pas concevable qu’on doive les répéter à chaque cession ou chaque maintenance. » Et peu importe la technologie, car ces nouveaux critères ne s’appliquent pas uniquement à la machine à tube, mais à tous les équipements à fluorescence X selon le nouvel arrêté.

Volonté assumée de renforcer les contrôles sur les appareils utilisés pour le diagnostic plomb ? Ou simple maladresse rédactionnelle ? Après tout, ce ne serait pas la première fois qu’un texte réglementaire tout juste publié soit entaché d’erreur. Des précisions sont désormais attendues dans les prochaines semaines.

Arrêté du 3 août 2026 modifiant l’arrêté du 19 août 2011 relatif au constat de risque d’exposition au plomb

Arrêté du 3 août 2026 modifiant l’arrêté du 19 août 2011 relatif au diagnostic du risque d’intoxication par le plomb des peintures

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