Le DPE n’en finit plus d’évoluer. Coefficient de conversion de l’électricité, confort d’été, flexibilité électrique, mention A0… L’été est prolifique. On ne compte plus les ajustements dans les tuyaux, annoncés ou programmés. Chacune de ces évolutions peut sans doute se justifier. C’est leur accumulation qui pose question. Car à force de modifier les règles, ne risque-t-on pas de perdre en route ce qui fait aussi la force d’un diagnostic : sa lisibilité et sa stabilité ?
Il y a d’abord les évolutions désormais actées pour faire encore évoluer le coefficient de conversion de l’électricité (CEP), et rapprocher le DPE des standards européens. Il y a ensuite les annonces à répétition sur une meilleure prise en compte du confort d’été. Celles qui concernent un possible assouplissement du calendrier de la loi Climat et résilience. Celles encore qui visent à mieux tenir compte des spécificités du bâti ancien.
Et puis il y a les réflexions, à plus long terme, pour revoir plus profondément la méthode de calcul avec les travaux menés du côté du CSTB. Sans oublier les ajustements, corrections et aménagements qui viennent régulièrement s’ajouter à cette liste. Oui, ça commence à faire beaucoup. Franchement, qui n’y perdrait pas son latin ?
Un DPE en perpétuel mouvement
Le problème n’est évidemment pas que le DPE évolue. Depuis sa création, il a connu plusieurs vies et certaines évolutions étaient à l’évidence nécessaires. La méthode de calcul devait être fiabilisée, les contrôles renforcés, les anomalies corrigées. Et il serait difficile de défendre l’idée d’un diagnostic totalement figé alors même que les politiques énergétiques, la connaissance technique et les usages du bâtiment évoluent.
Mais à force de bouger les curseurs, de modifier les paramètres, de revoir certaines règles et d’en annoncer de nouvelles, une question finit par se poser : que reste-t-il de la lisibilité du DPE ? Pour les diagnostiqueurs, chaque évolution signifie de nouvelles règles à intégrer, de nouvelles explications à fournir à leurs clients et, souvent, de nouvelles interrogations face aux clients. Pour les propriétaires et les acquéreurs, le risque est plus évident encore: comment accorder leur confiance à une étiquette dont la signification peut changer plusieurs fois en quelques années ? Du G hier, F aujourd’hui, du E peut-être demain. L’étiquette énergétique n’a pas besoin de travaux pour évoluer. C’est là que le sujet devient plus sérieux.
Le risque de fabriquer de la défiance
À force de modifier le DPE, on prend le risque de donner le sentiment qu’il n’est jamais vraiment terminé, toujours en chantier. Qu’une étiquette énergétique n’est pas une photographie fiable d’un logement, mais le résultat provisoire d’une méthode susceptible d’être corrigée au bon gré du ministre en place à ce moment-là.
C’est évidemment injuste pour les diagnostiqueurs. Ils ne font qu’appliquer les règles qui leur sont imposées et pour lesquelles, ils ne sont parfois même pas consultés. Mais c’est aussi potentiellement dommageable pour le DPE lui-même. Car un diagnostic ne peut jouer pleinement son rôle que s’il est compris et accepté. Or, chaque changement, surtout lorsqu’il intervient sans explication claire des pouvoirs publics, nourrit un peu plus l’idée d’un dispositif complexe, mouvant, voire arbitraire.
Et c’est peut-être là le plus surprenant: le gouvernement communique finalement assez peu sur le DPE. Beaucoup d’annonces arrivent par bribes, au détour d’un texte, d’une déclaration ou d’une indiscrétion. Souvent en réaction à une actualité du moment. On modifie un paramètre, on annonce une évolution, on évoque la prochaine. Mais qui prend réellement le temps d’expliquer ce que cela change, pourquoi cela change et surtout pourquoi le DPE reste malgré tout un outil pertinent ?
Tout changer pour ne rien changer ?
Certaines évolutions sont pourtant parfaitement légitimes. La prise en compte du bâti ancien, par exemple, mérite sans doute mieux qu’une méthode 3CL qui peine parfois à traduire certains modes constructifs. Le confort d’été est également devenu un sujet incontournable avec la multiplication des épisodes de chaleur. Un simple smiley pour signifier la capacité du bâtiment face aux canicules n’est déjà plus à la hauteur de l’enjeu.
Mais la question n’est pas de savoir s’il faut ou non faire évoluer le DPE. Elle est de savoir jusqu’où on peut le faire évoluer sans fragiliser sa crédibilité. Peut-être faudrait-il alors changer de logique. Plutôt que d’empiler les aménagements, les corrections et les ajustements successifs, pourquoi ne pas engager une fois pour toutes une réforme suffisamment ambitieuse pour traiter les principaux défauts du dispositif ? Une réforme qui permette de revoir la méthode en profondeur, d’intégrer les spécificités qui doivent l’être et de clarifier ce que l’on attend réellement du DPE.
Et surtout, une réforme suivie d’une période de stabilité. Car le meilleur service que l’on pourrait rendre au DPE serait peut-être finalement de… ne plus y toucher pendant quelques années. Le temps de laisser les professionnels s’approprier les règles, les propriétaires de les comprendre et leur faire confiance.
Paradoxalement, à force de vouloir améliorer le DPE par petites touches, on pourrait bien finir par abîmer ce que l’on cherche précisément à renforcer : sa crédibilité. Et si, pour une fois, la véritable réforme du DPE consistait à lui offrir un peu de stabilité ?

