Quinze millions de DPE réalisés depuis 2021. C’est énorme. Mais on peut aussi voir le verre à moitié vide : plus de 20 millions de logements n’ont toujours pas été diagnostiqués, ou l’ont été il y a longtemps, avec une ancienne formule du DPE devenue désuète. 20 ans après la création du diagnostic, la connaissance du parc souffre encore de sérieuses lacunes.
Les Français ont tendance à voir leur logement plus beau qu’il ne l’est en réalité. C’est une donnée constante qui resurgit enquête après enquête. Le dernier sondage réalisé par l’Association française des sociétés financières le confirme : 3 à 4 % des propriétaires interrogés, seulement, imaginent leur logement comme une passoire énergétique. C’est quatre fois moins que la statistique officielle puisque selon l’Ademe, 14 % du parc est encore classé F ou G. À l’inverse, un propriétaire sur deux se voit habiter dans un bien vertueux, classé A, B ou C. Beaucoup d’optimisme, donc.
Si le DPE s’est considérablement démocratisé depuis 2021, avec près de 4 millions de diagnostics réalisés chaque année, tous les logements sont loin, très loin, de disposer d’un DPE. Grosso modo, près d’un Français sur deux ignore encore l’étiquette énergétique de son logement. Et la dernière enquête de l’Association française des sociétés financières le confirme à nouveau : sur plus de 5.000 propriétaires sondés, moins d’un sur deux (45 %) dispose d’un DPE à jour.
Faut-il un DPE obligatoire pour tous ?
Question de logique. Même si le DPE existe depuis bientôt vingt ans (2006), encore faut-il qu’une vente ou location soit intervenue depuis. « Seule une partie du parc de logements dispose d’un DPE de moins de dix ans (moins de la moitié) », observait en 2024 le Secrétariat général à la planification écologique (SGPE), placé sous l’autorité du Premier ministre.
Selon l’Observatoire national de la précarité énergétique, près d’un tiers des ménages locataires est entré dans son logement avant 2007, soit avant que le DPE ne devienne obligatoire. Et pour les biens occupés par leur propriétaires, si la moyenne de détention est de huit ans, elle cache de grosses disparités, nombre de biens n’ayant pas changé de propriétaire depuis des décennies.
Pour remédier à cette lacune, le SGPE proposait dans sa feuille de route d’« accroître la réalisation de DPE pour disposer de l’information la plus complète sur le parc », autrement dit de rendre obligatoire le DPE pour l’ensemble des logements, y compris les résidences secondaires.
La question n’est pas nouvelle. Et elle revient régulièrement sur la table, portée tantôt par la filière du diagnostic, tantôt par des élus ou des professionnels de l’immobilier. L’idée : instaurer un DPE périodique, comme le contrôle technique pour les voitures. Pour l’heure, le ministère a toujours botté en touche.
Mais ce n’est peut-être qu’une question de temps. Car même si un mauvais DPE ne déclenche pas automatiquement des travaux, il joue un rôle essentiel dans la prise de conscience énergétique. Et c’est un autre enseignement constant des enquêtes : une écrasante majorité de Français croit aujourd’hui à l’utilité du DPE.

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