Le DPE n’est plus un simple diagnostic, il est un outil de politique publique qui pèse désormais sur le marché immobilier et sur l’accès au logement. A quelques mois de la présidentielle, le diagnostic s’installe dans le débat électoral. Et les premières prises de position dessinent un clivage assez net : réduire le pouvoir du DPE, revoir son calcul ou, au contraire, conforter voire renforcer son rôle dans la rénovation.
À droite, desserrer l’étau
Bruno Retailleau est aujourd’hui le candidat qui s’est montré le plus prolixe sur le sujet. Le candidat LR veut mettre fin aux interdictions de louer liées au DPE. Mais il propose également de revoir le coefficient d’énergie primaire de l’électricité, en l’abaissant à 1,2. Plus loin donc que la réforme actuellement programmée pour le 1er janvier 2027.
Son objectif est clairement affiché, sortir 750.000 logements des classes F et G et redonner de la valeur à leurs propriétaires. Le sujet ne se limite pas au coefficient d’énergie primaire. Retailleau critique également un DPE qui ne rendrait pas suffisamment compte du confort d’été. Un logement peut être très performant classé en A ou en B mais devenir difficile à vivre pendant les épisodes de forte chaleur.
David Lisnard, maire de Cannes et autre potentiel candidat à droite, est sur une ligne proche. Il propose de réviser le DPE pour supprimer le « malus absurde sur l’électricité », avec là encore l’objectif de sortir certains logements chauffés à l’électricité des catégories F et G.
Enfin, Xavier Bertrand appelle lui aussi à « réformer le DPE », qu’il juge « décorrélé des réalités du terrain ». Mais sa proposition reste, pour l’instant, peu détaillée.
Le RN veut s’attaquer aux conséquences
Le Rassemblement national va plus loin sur les effets réglementaires du diagnostic. Ce n’est pas nouveau, le parti n’a jamais caché son peu d’enthousiasme pour ce diagnostic, et la place qu’on lui a donné. Son programme prévoit donc d’abroger toutes les interdictions et obligations liées au DPE, notamment celles concernant les travaux et la mise en location. En somme, le DPE peut bien continuer à exister mais uniquement comme outil d’information puisque son résultat ne déterminerait plus le droit de louer.
La nuance est importante : le parti ne demande pas nécessairement la disparition du diagnostic lui-même, ce qui pourrait être difficile puisque ce diagnostic reste imposé par l’Europe. En fait, seul un candidat y songe, Florian Philippot, qui, il est vrai, est aussi le seul à militer pour sortir de l’Europe.
À gauche, renforcer le rôle du DPE
À l’opposé, on tient le raisonnement inverse. Pas touche au DPE qui doit demeurer un levier de rénovation. Dans son programme, Jean-Luc Mélenchon prévoit de rendre obligatoire la rénovation des passoires thermiques avant leur mise en location et de renforcer l’interdiction de louer les logements les plus énergivores. Avec un objectif plutôt ambitieux: rénover au moins 700.000 logements par an. Les contributions plus récentes de LFI évoquent également une révision du DPE pour mieux prendre en compte le confort d’été. Mais cette évolution ne figure pas encore comme une mesure définitive du programme.
Chez les Écologistes, la logique est similaire. Une proposition prévoit notamment de revoir l’indicateur de confort d’été du DPE et de l’intégrer à la note, avec l’idée de mieux prendre en compte les logements qui deviennent invivables lors des épisodes de chaleur. Marine Tondelier a cependant apporté une nuance au débat sur les passoires thermiques. Face au projet de permettre temporairement leur remise en location, elle a proposé un dispositif très encadré, avec notamment 30 % de baisse de loyer. Une façon d’introduire un peu de souplesse dans l’interdiction de louer, sans renoncer à la logique de contrainte. Le principe reste cependant le même : le mauvais classement doit continuer à produire des conséquences.
Et chez les autres candidats ?
Tous ne se sont pas encore exprimés sur le sujet. Pour Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj ou Karim Bouamrane, aucune proposition suffisamment précise sur le DPE ne permet, à ce stade, de dégager une véritable ligne. Gabriel Attal a bien un précédent : en 2024, alors Premier ministre, il avait engagé une nouvelle évolution du DPE, notamment pour les petites surfaces. Mais aucune proposition présidentielle précise n’est aujourd’hui suffisamment documentée pour lui attribuer une nouvelle réforme.
François Ruffin, de son côté, parle surtout rénovation. Son « plan Marshall » pour le bâtiment prévoit 10 milliards d’euros par an, notamment pour lutter contre les passoires thermiques, sans proposer à ce stade de réforme précise du diagnostic.
Mais nous ne sommes que début septembre, et tous les candidats ne se sont pas encore déclarés.
Trois visions du DPE
Le débat commence donc à se structurer autour de trois visions. Pour certains, le DPE pénalise trop les propriétaires et doit perdre tout ou partie de son pouvoir de censure. Pour d’autres, c’est son calcul qu’il faut corriger. Enfin, à gauche, l’étiquette doit continuer à peser sur le marché locatif et rester un moteur pour la rénovation des logements.
Ce débat n’est pas nouveau. Mais la présidentielle lui donne une autre portée avec des questions d’ores et déjà posées. Le DPE doit-il redevenir un simple outil d’information ? Ou au contraire, doit-il continuer à décider de la possibilité de louer un logement ? Faut-il corriger son calcul pour mieux tenir compte des usages réels, de l’électricité ou du confort d’été ?
Pour les diagnostiqueurs, la présidentielle pourrait donc être déterminante. Non pas parce qu’elle décidera de l’avenir du DPE, qui est déjà profondément installé dans le paysage immobilier, mais parce qu’elle pourrait décider de ce que l’on attend de lui.

