MaPrimeRénov’ : le grand coup de rabot sur les monogestes

POmpe à chaleur

Nouveau virage pour MaPrimeRénov’. Poêles à bois, chauffe-eau thermodynamiques, VMC, isolation, fenêtres… À partir du 1er septembre, une grande partie des travaux monogestes sortent de MaPrimeRénov’. Avec trois textes publiés ce 27 août, l’État concentre désormais ses aides sur la rénovation d’ampleur et quelques travaux, avec une priorité très marquée donnée aux pompes à chaleur. Même les projets de rénovation d’ampleur devront désormais tourner le dos aux énergies fossiles.

Le message est clair : la pompe à chaleur plutôt que l’isolation, la décarbonation plutôt que la rénovation. Même si le logement est classé comme passoire en F ou G. Pour les gestes qui restent éligibles, ces logements pourront d’ailleurs continuer à bénéficier de MaPrimeRénov’ jusqu’à fin 2027. L’obligation de fournir un DPE est, elle, repoussée au 1er janvier 2028.

Les monogestes réduits à peau de chagrin

L’État avait déjà coupé dans les aides aux travaux monogestes en début d’année. Il donne cette fois un nouveau et sérieux coup de rabot. En métropole, à partir de septembre, le parcours par geste ne financera plus les travaux d’isolation et de ventilation, les équipements de chauffage au bois ou à la biomasse, les chauffe-eau thermodynamiques et les équipements solaires thermiques.

Le parcours par geste se voit donc réduit à peau de chagrin. Les seuls travaux rescapés concernent l’audit énergétique, la dépose d’une cuve à fioul, le raccordement à un réseau de chaleur ou de froid et, naturellement, la pompe à chaleur, qu’elle soit géothermique ou air/eau. Priorité à la décarbonation.

Les montants, eux, ne changent pas pour les ménages très modestes, modestes et intermédiaires sur les travaux restant éligibles. Une PAC air/eau ouvre droit à une aide allant jusqu’à 5.000 euros pour les ménages très modestes, tandis que le plafond atteint 11.000 euros pour une PAC géothermique. Le raccordement à un réseau de chaleur et la dépose d’une cuve à fioul restent aidés jusqu’à 1.200 euros. L’audit énergétique conserve une aide maximale de 500 euros. Les ménages aux revenus supérieurs sont désormais exclus des aides MaPrimeRénov’ au titre du parcours par geste.

La PAC, grande gagnante

Pas de surprise, ces évolutions, aussi surprenantes – et contestées ! – soient-elles, avaient été annoncées. Dès le printemps, avec son plan d’électrification, le gouvernement avait placé la sortie des énergies fossiles et l’électrification des usages au cœur de sa politique énergétique. Sébastien Lecornu avait alors fixé un objectif particulièrement ambitieux : un million de pompes à chaleur installées par an d’ici 2030.

Un premier coup de canif avait été donné dès janvier, avec la sortie de l’isolation des murs du dispositif. Le mouvement s’accélère. Cette énième version de MaPrimeRénov’ s’inscrit clairement dans cette trajectoire. Le dispositif privilégie désormais les équipements permettant de sortir du gaz et du fioul. L’Anah présente d’ailleurs la réforme comme une étape de la stratégie d’électrification du logement.

La pompe à chaleur devient ainsi le principal équipement encore largement soutenu dans le parcours par geste. L’État entend même faciliter le passage à l’acte avec une offre « clé en main » intégrant achat, installation et maintenance de la PAC, avec un paiement mensualisé.

Une orientation qui ne convainc pas tout le monde. Dès fin juin, la Capeb dénonçait cette réforme qui prive les ménages d’un parcours de rénovation « par gestes et par étapes ». L’organisation professionnelle estimait que l’isolation et le traitement de l’enveloppe ne peuvent être relégués au second plan au profit du seul changement de système de chauffage, d’autant plus dans un contexte de canicules à répétition.

La rénovation d’ampleur se durcit aussi

Le changement ne concerne pas seulement les monogestes. Les textes publiés ce 27 août renforcent également les conditions d’accès à MaPrimeRénov’ pour les rénovations d’ampleur. À partir du 1er septembre, pour une maison individuelle, tout nouveau dossier impliquera des systèmes de chauffage et de production d’eau chaude sanitaire décarbonés.

Il ne sera donc plus possible de bénéficier de MaPrimeRénov’ pour une rénovation d’ampleur lorsque le projet conduit à conserver ou installer un équipement susceptible d’utiliser un combustible fossile, qu’il s’agisse du gaz ou du fioul. Une exception est toutefois prévue pour les équipements permettant le raccordement à un réseau de chaleur ou de froid.

Le changement est important. Jusqu’ici, une rénovation pouvait notamment porter sur l’enveloppe du bâtiment sans nécessairement imposer le remplacement d’un système de chauffage au gaz existant. À partir de septembre, la sortie des énergies fossiles devient une condition sine qua non du financement pour les maisons individuelles concernées.

La même volonté se lit également dans les évolutions apportées aux certificats d’économies d’énergie : le nouveau cadre du « Coup de pouce Rénovation d’ampleur » renforce lui aussi le lien entre rénovation d’ampleur et décarbonation du chauffage et de la production d’eau chaude sanitaire.

Le changement pose une question de fond. À l’origine, le parcours par geste avait justement été pensé pour permettre à un ménage d’engager progressivement des travaux, sans devoir immédiatement se lancer dans une rénovation complète certes efficace mais aussi coûteuse. Il s’inscrivait alors dans une logique de massification de la rénovation énergétique. Cette logique s’efface progressivement. Moins de gestes subventionnés, mais aussi moins de possibilités pour les ménages de construire leur rénovation dans le temps.

Décret n° 2026-822 du 25 août 2026 modifiant le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique

Arrêté du 25 août 2026 modifiant l’arrêté du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique

Arrêté du 25 août 2026 modifiant l’arrêté du 17 novembre 2020 relatif aux caractéristiques techniques et modalités de réalisation des travaux et prestations dont les dépenses sont éligibles à la prime de transition énergétique et l’arrêté du 30 mars 2009 relatif aux conditions d’application de dispositions concernant les avances remboursables sans intérêt destinées au financement de travaux de rénovation afin d’améliorer la performance énergétique des logements anciens

Partagez cet article

Sur le même thème