Mon Accompagnateur Rénov’ : la Cour des comptes appelle à renforcer les contrôles

Isolation par l'extérieur

Dans un univers de la rénovation énergétique régulièrement pointé du doigt pour ses dérives et ses fraudes, Mon Accompagnateur Rénov’ (MAR) incarne le tiers de confiance. Celui qui accompagne les ménages, sécurise les parcours et protège des escrocs. Près de deux ans après le lancement du dispositif, la Cour des comptes dresse un bilan plutôt positif, tout en appelant à renforcer les contrôles.

La rénovation énergétique reste une véritable manne pour les fraudeurs. Les signalements explosent : plus de 10.000 alertes avaient été déposées sur la plateforme SignalConso en 2022, contre près de 26.000 deux ans plus tard. Dans ce contexte de défiance, Mon Accompagnateur Rénov’ occupe une place stratégique. Sa mission : rassurer les ménages dans un environnement jugé « fraudogène » par la Cour des comptes.

L’idée était de créer un véritable facilitateur de la rénovation énergétique, capable d’accompagner les particuliers depuis l’audit énergétique jusqu’à la prise en main du logement rénové, en passant par le montage administratif et financier des dossiers. Depuis le 1er janvier 2024, le recours à Mon Accompagnateur Rénov’ est devenu obligatoire pour bénéficier des aides MaPrimeRénov’ dans le cadre d’une rénovation d’ampleur. L’accompagnement peut être financé jusqu’à 2.000 euros via le dispositif.

Un réseau qui s’est rapidement structuré

Le démarrage du dispositif a parfois été poussif début 2024, faute d’acteurs agréés en nombre suffisant. Mais l’État a corrigé le tir en simplifiant la procédure d’agrément. Résultat : un véritable réseau s’est progressivement constitué. Selon la Cour des comptes, la France comptait mi-2025 près de 1.500 structures agréées par l’Anah — publiques ou privées — et environ 4.000 accompagnateurs MAR. Particularité notable : près des deux tiers des structures agréées étaient de nouveaux entrants sur le marché de la rénovation énergétique.

Le dispositif a même dépassé les objectifs initiaux. Dès juin 2025, environ 150.000 dossiers avaient été déposés, dont 80.000 engagés, pour un coût estimé à 120 millions d’euros. À mi-parcours, l’enveloppe prévue par le programme des certificats d’économie d’énergie (CEE) était déjà quasiment consommée.

Pour la Cour des comptes, le maillage territorial apparaît désormais satisfaisant : « plus de 95 % des départements métropolitains proposent une offre supérieure à 20 structures agréées ». Plus de la moitié du territoire disposerait même de plus de 50 structures agréées.

Peu de fraudes détectées… mais des contrôles encore limités

Pour autant, le dispositif semble, à ce stade, relativement peu exposé aux fraudes. La Cour des comptes relève « un nombre limité d’abus détectés par les services compétents ». Depuis le lancement du dispositif, la DGCCRF n’a reçu que 588 signalements concernant Mon Accompagnateur Rénov’: des manquements à l’indépendance, des audits énergétiques incohérents, de la sous-traitance non déclarée ou encore des pratiques commerciales contestables…

On reste toutefois loin d’une fraude massive à grande échelle. Les sanctions prononcées demeurent également peu nombreuses. Entre le 1er janvier 2024 et le 31 juillet 2025, l’Anah a procédé à 12 retraits d’agrément et six suspensions. De son côté, la DGFiP a identifié 38 structures jugées « suspectes », conduisant à 18 suspensions ou retraits supplémentaires. Rapportés aux plus de 152.000 parcours accompagnés depuis le lancement du dispositif, ces chiffres peuvent sembler fort modestes.

La Cour des comptes invite toutefois à la prudence. Le faible nombre de fraudes détectées ne signifie pas nécessairement que le dispositif est totalement sécurisé. Il peut aussi révéler des mécanismes de contrôle encore insuffisants. L’institution appelle donc à poursuivre et intensifier les contrôles afin d’éviter les dérives. Car dans un marché où la confiance reste fragile, l’accompagnateur est précisément censé devenir le rempart contre les abus.

Le dispositif Mon Accompagnateur Rénov’ mis en oeuvre par l’Agence nationale de l’habitat (ANAH), rapport de la Cour des comptes, mai 2026.

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