L’électrification à tout prix. Pour accélérer le déploiement de la pompe à chaleur dans le bâtiment, le gouvernement sort l’artillerie lourde : durcissement des règles dans le neuf, incitations dans l’ancien, ajustements du DPE et une nouvelle offre « clés en main ». Une stratégie assumée pour faire de la pompe à chaleur la norme… quitte à bousculer les équilibres existants.
À peine révisé et déjà sur la sellette ? Le gouvernement y songe sérieusement. Pour pousser à l’électrification des logements, il envisage de revoir le CEP (coefficient d’énergie primaire), pourtant abaissé de 2,3 à 1,9 depuis le 1er janvier 2026. Une évolution jugée encore insuffisante pour rendre l’électricité réellement compétitive face aux énergies fossiles.« Le cadre européen permet d’abaisser ce facteur de conversion jusqu’à environ 1,7. Une telle évolution améliorerait l’étiquette DPE de millions de logements chauffés à l’électrique », explique le ministère, qui envisage même « d’aligner les énergies fossiles et l’électricité dans le DPE ».
Le Premier ministre l’a dit, la norme, demain, doit être la pompe à chaleur. Elle est appelée à supplanter progressivement le gaz, aujourd’hui encore dominant dans le résidentiel. Objectif : doubler le parc de PAC d’ici 2030 et ramener, à l’horizon 2050, le nombre de chaudières gaz à environ 2 millions — soit cinq fois moins qu’aujourd’hui. Pour y parvenir, l’exécutif mobilise tous les leviers.
Gaz: le cadre réglementaire se durcit
Dans le neuf, d’abord, ce sera une interdiction pure et simple du gaz. Dans l’individuel comme dans le collectif, et même s’il s’agit d’une chaudière hybride ou d’une installation en appoint. Le gouvernement veut aller vite : une entrée en vigueur est envisagée dès le 1er janvier 2027 pour le résidentiel, « et dans les années suivantes concernant les bâtiments tertiaires ». L’objectif est limpide : ne plus voir de bâtiments neufs alimentés au gaz dans les années 2030.
Disqualifié dans le neuf, mais aussi dans l’ancien. Jusqu’à présent, le foyer qui demandait son raccordement au réseau de gaz ne payait pas l’ensemble des coûts. Le gouvernement annonce qu’il prendra un décret afin que les bâtiments demandant un tel raccordement en supportent intégralement les coûts. De quoi rendre les coûts du raccordement gaz très dissuasifs pour ne pas dire prohibitifs.
Une offre « clés en main »
Reste à lever les freins à l’installation des pompes à chaleur, encore jugée trop timide : environ 180.000 PAC air/eau ont été installées en 2024, on est loin du compte. Pour accélérer, le gouvernement mise sur une offre « clés en main », ciblant en priorité les ménages modestes souhaitant sortir du fioul ou du gaz.
Le ministère de la Transition écologique précise les contours : installation, maintenance, financement — et éventuellement fourniture d’électricité — seraient intégrés dans une mensualité unique, étalée sur « une durée de l’ordre de trois ans, en appliquant d’emblée les aides existantes ». Ambition affichée : un coût mensuel immédiatement inférieur aux anciennes factures d’énergie. Les premières offres, portées par des acteurs labellisés, pourraient être déployées dès l’automne afin de « bénéficier aux ménages souhaitant changer de chauffage avant l’hiver ».
En parallèle, les aides à la rénovation, MaPrimeRénov’ en tête, seront encore davantage orientées vers l’électrification. À compter du 1er septembre 2026, une rénovation d’ampleur ne pourra plus être engagée si une chaudière gaz est conservée. Le gouvernement a tranché. La PAC devient l’outil central de la décarbonation dans le logement, avant même une approche complète de rénovation.

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