La nouvelle Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte est adoptée. Elle fixe le cap jusqu’en 2030 en se fondant sur une nouvelle hypothèse: près d’un mètre d’élévation du niveau de la mer et une température supérieure de +4°C à la fin du siècle. Avec, en filigrane, une question qui intéresse directement l’immobilier : comment mieux informer ceux qui vivent, achètent ou louent sur le littoral ?
Le littoral recule. 30 km² ont déjà disparu au cours des 50 dernières années, et le rythme s’accélère. Il ne s’agit plus seulement de savoir où et à quelle vitesse, il faut désormais anticiper ce que ce recul peut avoir de fâcheuses conséquences sur les territoires, les activités et les biens immobiliers.
C’est l’enjeu de la nouvelle Stratégie nationale de gestion intégrée du trait de côte (SNGITC), adoptée par décret le 20 août. Elle devient la feuille de route de l’État et des collectivités jusque 2030. Son horizon est sans ambiguïté : la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC) conduit à retenir une élévation du niveau de la mer proche d’un mètre d’ici 100 ans.
Cinq axes pour passer à l’anticipation
La nouvelle stratégie s’articule autour de cinq axes et de 60 mesures. Avec une ambition affichée : sortir de la logique d’expérimentation. Car si la loi Climat et résilience a créé de nouveaux outils pour anticiper le recul du trait de côte, notamment les cartes locales d’exposition, ils sont encore loin d’être systématiquement utilisés.
Premier objectif : mieux connaître. La stratégie prévoit notamment d’actualiser l’Indicateur national d’érosion côtière et de renforcer les observatoires du trait de côte. Deuxième priorité : engager les territoires. Les cartes locales d’évolution du trait de côte doivent permettre aux collectivités de mieux mesurer les enjeux et surtout de planifier leur adaptation. Troisième axe : adapter les territoires. Solutions fondées sur la nature, restauration des dunes, renaturation ou, lorsque cela devient nécessaire, recomposition spatiale : il s’agit de diversifier les réponses plutôt que de miser uniquement sur la protection contre la mer.
Quatrième axe : mieux sensibiliser. Formation des élus et des techniciens, développement de la culture du risque et amélioration de l’information doivent permettre de mieux faire comprendre une évolution qui se joue souvent à l’échelle de plusieurs décennies. Enfin, cinquième axe : donner les moyens d’agir, en mobilisant davantage les financements publics et européens pour accompagner les études et les projets d’adaptation.
Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de chercher à retenir la mer. Il faut désormais anticiper son avancée, adapter les territoires et apprendre à composer avec un littoral qui n’aura plus rien à voir avec celui d’aujourd’hui.
5.200 logements menacés en 2050
Les travaux du Cerema ont déjà donné une petite idée des enjeux. Avec 950 communes, en France métropolitaine et outremer, 5,5 millions de logements construits sur le littoral, ils sont forcément colossaux.
À l’horizon 2050, 5.200 logements et 1.400 locaux d’activité pourraient être affectés par le recul du trait de côte, pour une valeur vénale totale d’environ 1,2 milliard d’euros. Cela n’a rien d’un scénario catastrophe, le Cerema qualifie ce scénario de « vraisemblable » : il prolonge la tendance actuelle du recul du trait de côte et suppose le maintien et l’entretien des ouvrages de protection.
À horizon 2100, le changement d’échelle devient spectaculaire. Dans un scénario d’inaction, le Cerema estime que 450.000 logements et 55.000 locaux d’activité pourraient être affectés. S’y ajouteraient 10.000 bâtiments publics, 1.800 km de routes et 240 km de voies ferrées. Cette hypothèse retient notamment une hausse d’un mètre du niveau des mers et des océans et la disparition des ouvrages de défense côtière. Ces chiffres ne disent évidemment pas que 450.000 logements disparaîtront demain, ils donnent plutôt la mesure du problème auquel les politiques d’adaptation doivent se préparer.
L’information devient une partie de la réponse
Et c’est sans doute là que la nouvelle stratégie intéresse directement le monde immobilier. Car anticiper le recul du trait de côte suppose aussi de mieux informer ceux qui sont exposés. Les cartes locales doivent ainsi permettre de mieux connaître les zones concernées aux horizons de 30 et 100 ans.
L’Information des acquéreurs et des locataires (IAL) n’est pas nouvelle. Elle s’applique déjà aux biens exposés au recul du trait de côte. L’état des risques doit être remis dès la première visite et l’annonce immobilière doit indiquer que les informations sur les risques sont disponibles sur Géorisques. La nouvelle stratégie entend cependant renforcer cette culture du risque.
Le ministère parle d’un « socle de connaissances fiables, actualisées et accessibles » et prévoit de développer les outils permettant de mieux partager cette information. Parmi eux, l’application « Le littoral de ma commune » lancée voilà quelques semaines permet désormais au grand public de visualiser l’évolution du trait de côte et les enjeux locaux.
C’est un changement qui mérite d’être suivi. Plus les cartes locales vont préciser les trajectoires d’évolution du littoral, plus cette information pourra peser dans la vie d’un bien notamment lors de sa vente ou sa location. Le recul du trait de côte entre progressivement dans le champ de l’information immobilière.

