La rénovation énergétique coûte cher. De plus en plus cher même. Selon une étude de l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE), le prix d’une rénovation globale et performante aurait bondi de 60 % entre 2019 et 2024 ! Autrement dit, bien davantage que l’inflation. Hausse des matériaux, tension sur la main-d’œuvre, montée en gamme des travaux… mais aussi possible effet inflationniste des aides : l’étude passe en revue les différentes explications.
Le constat est sans appel. En moyenne, selon I4CE, la rénovation globale et performante d’une maison atteignait environ 105.000 euros en 2024. L’isolation des murs, de la toiture et du plancher représente à elle seule environ 30.000 euros, le remplacement du chauffage 15.000 euros et celui des fenêtres 11.000 euros.. Selon les travaux, la hausse se situe entre 35 % et 75 % pour un coût de rénovation qui a bondi de 60 %, entre 2019 et 2024 quand l’inflation ne progressait « que » de 17%. Un sacré gap.
Le chiffre doit toutefois être manié avec précaution. Le think tank évoque d’ailleurs « un ordre de grandeur » davantage qu’un indice national officiel du prix de la rénovation. Faute de données publiques pour suivre précisément l’évolution des prix, I4CE explique avoir travaillé à partir de données fournies par Dorémi et l’Observatoire des coûts de la rénovation du Grand Est, portant sur quelques centaines de chantiers par an.
Des matériaux et de la main-d’œuvre plus chers
Mais cette tendance inflationniste est aussi documentée par l’Anah à travers ses bilans périodiques sur MaPrimeRénov’. Le périmètre n’est pas identique à celui retenu par I4CE, mais la facture elle-aussi s’envole. En 2023, le montant moyen atteignait 47.454 euros pour les dossiers de rénovation globale. En 2024, une rénovation d’ampleur coûtait en moyenne 55.065 euros, et début 2025, la facture se montait à 59.197 euros, selon les données de l’Anah. Attention toutefois aux comparaisons et conclusions hâtives : l’Anah souligne elle-même que les projets sont devenus plus ambitieux. La hausse des montants traduit donc à la fois l’évolution des prix et celle du contenu des rénovations.
Une partie de l’explication est assez classique : rénover coûte plus cher parce que les entreprises ont augmenté leurs prix. La pompe à chaleur illustre parfaitement, cette inflation: son prix moyen, pose comprise, est passé de 13.000 à 18.000 euros entre 2019 et 2025. Les matériaux, les équipements ont subi les conséquences des crises à répétition depuis le début de la décennie, du Covid, au conflit actuel en Iran en passant par la guerre en Ukraine. C’est simple, I4CE estime la hausse des prix de matériaux autour de 30 % en moyenne sur la période étudiée. Avec des différences plus que significatives selon les matériaux: par exemple, le prix du cuivre ou de l’aluminium ont pratiquement doublé entre 2019 et 2024.
La poussée inflationniste sur les matière premières n’est cependant pas la seule explication. Le coût de la main-d’œuvre aurait, lui, progressé d’environ 13 %, dans un contexte de tension sur l’offre d’artisans. Les statistiques de l’Insee confirment l’existence d’une inflation propre au secteur.
Des rénovations plus performantes… et plus coûteuses
Pourtant, aussi significative soit-elle, la hausse des prix des matériaux et de la main d’œuvre ne suffit pas à expliquer l’explosion des coûts de rénovations. Pour les auteurs de l’étude, les politiques publiques ont aussi leur part de responsabilité. Au fil des ans, elles se sont montrées toujours plus exigeantes et ont progressivement orienté les ménages vers des rénovations plus ambitieuses et des équipements plus performants. Et donc, mécaniquement, plus coûteux.
L’exemple de la pompe à chaleur reste parlant. A l’installation, la PAC reste bien plus coûteuse qu’une chaudière au gaz, même pour un modèle ultra-performant. Or, la part des PAC parmi les gestes subventionnés par le Coup de pouce Chauffage est passée de 23 % en 2019 à 84 % en 2025. Et dans le même temps, le chauffage au gaz a peu à peu été marginalisé jusqu’à disparaître totalement des projets de rénovation.
Une partie de la hausse de la facture traduit donc aussi une montée en gamme des travaux. Les politiques publiques ont incité les ménages à réaliser des travaux « plus performants et donc plus coûteux ».
Une partie de l’équation reste inconnue
Des rénovations plus ambitieuses, des matériaux et un coût de main d’œuvre plus chers, oui, mais même bout à bout, cela ne suffit toujours pas à expliquer l’envol du prix d’une rénovation. I4CE en convient sans mal : « Nous n’expliquons pas la totalité de la hausse des prix. »
Les auteurs de l’étude retiennent cependant plusieurs hypothèses comme l’évolution des marges des entreprises et un possible effet inflationniste des aides publiques. Lorsque la demande est soutenue par des subventions et que l’offre d’artisans est limitée, une partie de l’aide peut théoriquement se retrouver dans les prix. Mais l’étude ne permet pas de mesurer précisément ce phénomène. L’Anah, elle-même, a identifié l’inflation des prix parmi les difficultés rencontrées par MaPrimeRénov’. Pour autant, aucune donnée ne permet aujourd’hui d’affirmer que les aides auraient été massivement absorbées par les entreprises.
Et finalement, c’est l’un des enseignements de l’étude I4CE. L’important n’est pas ce qu’elle dit, mais aussi ce qu’elle ne peut pas dire faute d’éléments. La France dispose d’une abondante donnée sur les aides distribuées, sur le nombre de logements rénovés ou les économies d’énergie attendues, mais beaucoup moins sur le prix réel des travaux et leur évolution. I4CE appelle donc à la création d’un baromètre national permettant de distinguer la main-d’œuvre, les matériaux et les équipements.

