L’été touche à sa fin, mais le retrait-gonflement d’argile inquiète déjà. Canicules à répétition, sécheresse historique, sols excessivement secs, les premiers indicateurs de 2026 font craindre une année noire. Au point même de dépasser le triste record de 2022.
Cinq canicules en l’espace de quelques semaines, des records de chaleur en pagaille et un déficit de précipitations qui frise les -70 % dès avril selon le bilan de Météo France tombé ces derniers jours. Début août, la sécheresse des sols avait même dépassé le précédent record de 2022. L’inquiétude n’est pas exagérée, la succession des épisodes de chaleur de l’été 2026 devrait encore amplifier le phénomène de retrait-gonflement des argiles (RGA).
Le mécanisme est bien connu. Sous l’effet de la sécheresse, les argiles du sol se rétractent, elles perdent jusqu’à 10% de leur volume, puis se gonflent avec le retour des pluies. Résultat, ce phénomène peut provoquer des tassements différentiels et de multiples dégâts dans les bâtiments, comme des fissures, des décollements de carrelages, des menuiseries qui ne ferment plus…
Les dégâts sont déjà là
Ce n’est pas tant l’intensité des canicules, c’est aussi leur fréquence particulièrement élevée en 2026 qui inquiète. Le Cerema estime que cette répétition de vagues de chaleur devrait amplifier le phénomène de retrait-gonflement des argiles. « Les cinq canicules successives de cet été 2026, jusqu’à la mi-août, ont particulièrement asséché les sols, et on peut déjà observer des dégâts qui n’étaient pas apparus jusqu’à présent, comme des fissures et déformations sur des routes jusque-là épargnées par le RGA, ou des fissures sur des bâtiments qui n’en avaient pas encore. »
Côté assureurs, on s’attend à une année noire. La Caisse centrale de réassurance (CCR) a d’ailleurs déjà provisionné 500 millions d’euros pour les sinistres RGA du premier semestre 2026. « On pense que ce sera une mauvaise année, qui risque de ressembler à 2022 et qui se comptera en milliards d’euros et pas en centaines de millions d’euros », lâchait en juillet, Édouard Vieillefond, directeur général de la CCR, invité sur BFM Business.
Une année déjà qualifiée comme « historique »
Quelques semaines plus tard, à peine, le ton se veut encore plus alarmant. « La sécheresse 2026 revêt un caractère historique par son intensité et sa durée. Les conséquences attendues sur la sinistralité RGA de l’année seront très significatives », indique un communiqué de la CCR diffusé début septembre.
Ce n’est pas seulement l’année 2026 qui inquiète. Les projections à plus long terme sont tout aussi préoccupantes. La sinistralité RGA pourrait augmenter de 44 % à 162 % d’ici 2050 selon les scénarios climatiques retenus. Avec la nouvelle cartographie déployée au 1er juillet 2026, 12,1 millions de maisons individuelles, soit six maisons sur dix en France, sont désormais classées en aléa moyen ou fort. Le risque ne se limite pas aux seuls habitations, le Cerema estime que 280.000 bâtiments appartenant à des collectivités étaient aussi concernés.
La facture enfle. Sur la période 2016-2026, le RGA représente désormais la première cause d’indemnisation au titre du régime Cat Nat, devant les inondations. En 2022, le coût des sinistres avait atteint 3,5 milliards d’euros. Un record qui risque, malheureusement de tomber rapidement. En juillet, le patron de la CCR évoquait même un coût potentiel de 500 milliards d’euros à l’échelle des prochaines décennies.
Pas question pour autant de sortir déjà la calculette. Si la saison des canicules semble désormais derrière nous, il est encore trop tôt pour tirer un bilan. Les données d’humidité des sols à fin septembre restent déterminantes, la CCR rappelle qu’il faudra attendre novembre pour disposer d’une première estimation de la sinistralité.

