Le gouvernement accélère la cadence. Avec l’exclusion du gaz de MaPrimeRénov’ et son plan d’électrification des usages, l’État fait désormais de la pompe à chaleur la norme pour le chauffage résidentiel. L’objectif est ambitieux : doubler le parc de PAC d’ici 2030 et réduire de façon drastique le nombre de chaudières gaz en service.
Pour autant, remplacer des millions de chaudières à énergies fossiles par des pompes à chaleur ne suffira pas à réussir le virage énergétique. Derrière cette transition se cache une autre question, souvent reléguée au second plan : comment savoir si un logement est réellement prêt à accueillir une PAC ?
Et c’est forcément là que le diagnostiqueur immobilier, qui intervient chaque année dans plusieurs millions de logements à l’occasion d’une vente, d’une location, a un rôle essentiel à jouer.
La PAC, plus performante qu’on ne le croit
Longtemps, les critiques ont pointé du doigt les performances supposées insuffisantes des pompes à chaleur dans les logements anciens ou mal isolés. Au point d’ailleurs qu’en 2024, le gouvernement avait conditionné l’octroi de MaPrimeRénov’ à la réalisation d’un DPE : les logements F et G ne pouvant plus prétendre à une aide pour installer une pompe à chaleur. La réforme a vécu quelques mois avant d’être laissée en jachère.
Les travaux publiés récemment par l’Ademe viennent cependant nuancer l’idée qu’une PAC serait inutile dans un logement mal isolé. Après plusieurs campagnes de mesures réalisées en conditions réelles, l’agence conclut que les performances moyennes des pompes à chaleur sont « très bonnes », y compris dans les fameuses passoires thermiques. Les études montrent qu’une PAC air/eau affiche un coefficient de performance saisonnier moyen (COP) de 2,9. Autrement dit, pour 1 kWh d’électricité consommé, elle restitue en moyenne près de 3 kWh de chaleur.
L’Ademe va même plus loin. Ses essais indiquent que le niveau d’isolation du logement n’est pas nécessairement le principal facteur limitant des performances de l’équipement. De quoi tordre le cou à certaines idées reçues. Le principal problème ne serait pas la PAC, mais le projet lui-même. Selon l’étude, près d’un tiers des installations observées présentent des performances perfectibles en raison de défauts de conception, de dimensionnement ou de réglage. Autrement dit, la question n’est plus seulement de savoir si une pompe à chaleur fonctionne. Elle fonctionne. La vraie question est de savoir si elle est adaptée au bâtiment.
Surface habitable, qualité de l’enveloppe, niveau de déperditions, système d’émission existant, ventilation, habitudes d’occupation : chaque logement constitue un cas particulier. Installer une PAC sans disposer d’une connaissance précise du bâti revient souvent à travailler à l’aveugle. C’est précisément là que le diagnostic prend toute son importance.
Connaître le bâtiment avant de changer le chauffage
La France compte encore près de 5 millions de passoires énergétiques classées F ou G, soit environ 15 % du parc résidentiel selon les dernières statistiques publiques. Entre une maison en pierre du XIXe siècle, un pavillon des années 1970 ou une construction plus récente chauffée au gaz, les besoins énergétiques peuvent varier considérablement. Une même solution technique ne produira pas les mêmes résultats partout.
Dans ce contexte, le DPE -mais aussi l’audit énergétique- change progressivement de statut. Il ne sert plus seulement à attribuer une étiquette ou à satisfaire une obligation réglementaire. Il s’affirme aussi comme un outil d’aide à la décision. Le choix d’un système de chauffage ne peut plus être dissocié de la connaissance du bâtiment.
Avant de choisir un système de chauffage, encore faut-il comprendre le fonctionnement thermique du logement. La montée en puissance de la pompe à chaleur pourrait finalement renforcer le rôle des diagnostiqueurs et rappeler que le DPE ne se réduit pas à une étiquette de couleur. Il constitue avant tout une photographie du logement, de son enveloppe, de ses équipements et de son comportement énergétique.
Au fond, la réussite de la transition énergétique ne dépendra peut-être pas uniquement du nombre de pompes à chaleur installées. Elle dépendra aussi de la capacité à les installer au bon endroit, dans les bonnes conditions et au bon moment.
Or cette connaissance fine du bâti ne s’improvise pas. À l’heure où l’État accélère la sortie du gaz, le diagnostiqueur pourrait bien conforter sa position de maillon stratégique de la chaîne de la rénovation énergétique. Une évolution qui rappellerait, au passage, que la transition commence toujours par une bonne connaissance du bâtiment.

