Les termites continuent de grignoter du terrain. Depuis le 1er septembre, l’ensemble du département de la Sarthe est désormais en zone à risque. Malgré l’arsenal déployé depuis la fin des années 1990, les termites continuent à étendre leur terrain de jeu. Avec désormais un allié de poids, le réchauffement climatique.
La progression est significative. Treize communes placées en zone à risque termite jusqu’à présent, 354 depuis le 1er septembre. L’ensemble du département de la Sarthe est désormais concerné. Toute vente d’un immeuble bâti doit désormais être accompagnée d’un état relatif à la présence de termites.
Sur son site, la préfecture évoque une aggravation du phénomène « dans le contexte du changement climatique ». Elle justifie l’arrêté pris en décembre 2025, par la multiplication des territoires touchés, la nécessité d’une détection précoce des foyers et l’égalité de traitement des acquéreurs.
La Sarthe n’a cependant rien d’un cas isolé. En 2016, 25 départements étaient entièrement couverts par un arrêté et 29 l’étaient partiellement selon la cartographie du Cerema. Dix ans plus tard, le nombre de départements concernés n’a quasiment pas bougé. Mais à l’instar de la Sarthe, des départements ont étendu le périmètre de leur zone à risque.
L’influence du climat
La carte du FCBA publiée en août 2024 recensait ainsi 3.849 communes infestées dans 55 départements métropolitains. Les zones les plus touchées restent concentrées dans le Sud-Ouest, sur les façades atlantique et méditerranéenne, mais aussi dans le Centre et en Île-de-France.
Il faut toutefois rester prudent. La carte réglementaire n’est pas une photographie exhaustive de la présence réelle des termites : elle résulte des signalements et des arrêtés préfectoraux. Celle du FCBA repose, quant à elle, sur les chantiers de traitement réalisés par les entreprises certifiées CTBA+.
Forcément, dans la lente progression du termite en France métropolitaine, en dépit de l’arsenal déployé contre lui depuis la fin 1990, on serait tenté d’y voir (encore) un effet du réchauffement climatique. La question intéresse depuis plusieurs années les chercheurs. Dès 2018, une équipe associant notamment l’Université de Tours et le CNRS avait ainsi modélisé la progression des termites en France, et l’effet potentiel du réchauffement climatique.
Leurs travaux montrent que le réchauffement devrait effectivement élargir les territoires favorables aux termites. Concrètement, une hausse de 1 °C rendrait ainsi une partie plus importante du Centre-Val de Loire propice à leur implantation, avec une progression des zones favorables vers le nord. Avec +2 °C, cette zone s’étendrait davantage encore.
Autrement dit, le réchauffement ne fait pas directement « avancer » les termites : il augmente progressivement le nombre de territoires où les conditions climatiques leur permettent de s’installer et de survivre. Le risque est donc réel, mais cela ne signifie pas pour autant que les termites vont se retrouver à la frontière belge demain au gré du thermomètre.
Le climat, mais aussi la main de l’homme
Et surtout, si les termites gagnent du terrain, ce n’est pas uniquement par essaimage. L’homme y joue un rôle qui n’a rien d’anodin. Lorsqu’il transporte du bois infesté par exemple ou lorsqu’il plante dans son jardin un olivier ou un palmier venu du sud de l’Europe voire d’ailleurs.
Après tout, un olivier voyage bien plus vite qu’une colonie de termites. Le cas est loin d’être théorique. À Cherbourg, par exemple, trois oliviers venus d’Espagne avaient été plantés dans une cour d’école. Des termites présents dans la motte de terre ont ensuite gagné le bâtiment.
Finalement, la progression naturelle existe, mais elle demeure lente même avec l’effet du réchauffement climatique. Et depuis la loi termites de 1999, la France s’est dotée d’un arsenal de prévention et de lutte : déclaration des infestations, zonage préfectoral, diagnostic à la vente, protection des constructions neuves et traitements curatifs. Si ces mesures n’ont pas éradiqué les termites, elles ont en revanche contribué à contenir leur progression.

