Sécheresse, les maisons souffrent, la sinistralité risque d’exploser

Fissure pignon

Très chaud et très sec, l’été 2022 apparaît déjà comme l’été de tous les records avec des températures qui culminent et un déficit pluviométrique hors normes. Le cru 2022 risque bien de faire tomber un autre record, avec une sérieuse inflation de la sinistralité liée aux mouvements de retrait-gonflement d’argile.

Avec la sécheresse, l’argile se rétracte. Puis lorsqu’il pleut à nouveau, elle gonfle. On appelle ça le retrait-gonflement d’argile (RGA) et ce mouvement de terrain bien connu engendre de sérieux désordres dans les habitations. Les dégâts n’apparaissent pas forcément tout de suite, et il est bien trop tôt encore pour mesurer l’effet de cette sécheresse sur nos maisons, l’ampleur et le coût des dommages. Mais on voit cependant déjà poindre de petits signes.

Des murs qui se fissurent, des dallages qui se décollent, des terrasses qui s’affaissent, dans la Somme, dans l’Hérault, dans les Deux-Sèvres, en Maine-et-Loire, et bien d’autres départements encore, la presse locale se fait déjà l’écho des dégâts liés au retrait-gonflement d’argile.

Une maison sur deux est menacée

Simples exemples épars jusqu’à présent, mais on peut craindre une sinistralité autrement plus importante dans les mois prochains. Avec la nouvelle carte des expositions au risque argile, diffusée depuis 2019, 48% du territoire se trouve désormais en zone d’exposition moyenne ou forte. Selon les professionnels de l’assurance, une maison sur deux en France, est concernée; 10,4 millions d’habitations! Dans un rapport en février 2022, la Cour des comptes remarquait que ce phénomène, à l’origine cantonné à quelques territoires, concernait désormais l’ensemble des régions métropolitaines. La presse locale n’a donc sûrement pas fini d’évoquer le sujet.

Carte d’exposition au risque de retrait-gonflement d’argile (source: BRGM).

D’autant que les bâtiments ont déjà été soumis à rude épreuve au cours des étés précédents avec des épisodes de sécheresse de plus en plus récurrents. “Sur les 11 épisodes RGA les plus coûteux depuis 30 ans, les cinq dernières années sont concernées : 2016, 2017, 2018, 2019 et l’année 2020“, indique un rapport de France Assureurs (ex fédération française de l’assurance) en 2021. “Pour la sixième fois en dix ans, la France a connu au cours de l’année 2020 une sécheresse de grande ampleur.”

La facture s’alourdit

La facture 2022 risque donc d’être particulièrement lourde. Pour se faire une idée, les indemnisations liées aux phénomènes de retrait-gonflement d’argile survenus en 2020 ont coûté aux assureurs la bagatelle d’un milliard d’euros. On ne parle ici que des indemnisations dans les communes pour lesquelles l’état de catastrophe naturelle a été reconnu. Autant dire que le coût réel des dégâts infligés à nos maisons par la sécheresse est beaucoup plus élevé car les communes qui font la demande de reconnaissance sont loin d’obtenir satisfaction à tous les coups. Pour se faire une idée, à la suite de la sécheresse de 2018, 4.070 communes ont été reconnues en état de catastrophe naturelle (pour 43.216 bâtiments concernés) mais 1.747 communes (pour 15.255 bâtiments) ont vu leur demande retoquée.

Le monde de l’assurance tire la sonnette d’alarme depuis quelques années. Ces mouvements de terrains coûtent cher, ils constituent le deuxième poste d’indemnisation en matière de catastrophe naturelle derrière les inondations. Coût moyen du sinistre, environ 10.000 euros selon le ministère de la Transition écologique. Mais on peut aller bien au-delà, lorsqu’une reprise en sous-œuvre s’avère nécessaire, à tel point que les coûts peuvent devenir prohibitifs, dépassant 50% de la valeur du bien.

L’argile coûte cher aux assureurs, mais ce n’est rien en comparaison de ce qui les attend dans les décennies à venir. France Assureurs communique volontiers sur le sujet, le montant des indemnisations liées aux phénomènes de RGA pourrait tripler et atteindre 43 milliards d’euros d’ici 2050. Conséquence immédiate, face à cette inflation de sinistres, l’actuel régime de catastrophe naturelle ne pourra pas tenir. Et ce cru 2022 qui annonce sans doute un triste record en matière d’indemnisations des RGA, risque d’accélérer encore la refonte du dispositif.