Argiles : un diagnostic pour mieux connaître l’exposition au risque

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Après la sécheresse, les fissures. Face au fléau du retrait-gonflement d’argile qui leur coûte de plus en plus cher au point de menacer le régime de catastrophes naturelles, les assureurs planchent sur de nouvelles solutions. Le diagnostic en fait partie. La Mission risque naturel présente une méthodologie pour se faire une idée de la vulnérabilité des maisons existantes.

Un diagnostic retrait-gonflement d’argile (RGA) verra-t-il le jour? On n’y est pas encore, simple proposition pour le moment. Dans un rapport commandé par Matignon, le député Vincent Ledoux préconisait en octobre de renforcer l’information des acquéreurs et locataires. Avec un état des risques et pollutions (ERP) enrichi de l’exposition à l’aléa argile, mais aussi avec « un diagnostic facultatif à double niveau au moment de la vente ». Un premier niveau dans des zones touchées avec un audit complet et une étude géotechnique ; un second niveau, plus light, dans des zones à risque.

Techniquement, c’est jouable. Un rapport de la Mission risques naturels (MRN) emmenée par France Assureurs, en apporte la démonstration: oui, il est possible d’imaginer un diagnostic qui repose sur une méthode standardisée, qui dispense d’une coûteuse étude géotechnique et qui ne coûte pas les yeux de la tête au propriétaire. De quoi envisager un déploiement à large échelle.

La vulnérabilité des maisons selon une méthode standardisée

Fruit de concertations avec les acteurs du bâtiment, de l’assurance et de la gestion des risques, la méthode « repose sur l’identification des vulnérabilités du bâti et des facteurs déclenchants les mouvements du sol ». Comment est construite la maison ? Quelle végétation est plantée dans le terrain ? À quelle distance? Comment se font la collecte et l’évacuation des eaux pluviales? Après une étude documentaire, et une visite sur le terrain, ce diagnostic identifie une éventuelle exposition au phénomène RGA, avant de préconiser des solutions.

Pas à pas, la Mission risques naturels déroule un diagnostic type: analyse du risque (consultation du PLU, existence d’une demande de reconnaissance en catastrophe naturelle, toponymie des lieux…), analyse de la parcelle dans son environnement (exposition au ruissellement, pente, proximité d’un cours d’eau…), analyse de la parcelle du bâti (collecte et évacuation des eaux pluviales, ruissellement sur la parcelle, aménagements en périphérie, végétation…) et enfin, analyse du bâti (année de construction, type de construction et d’extension, existence d’un vide sanitaire…). La MRN propose ainsi une grille d’analyse synthétique des critères à analyser pour évaluer la vulnérabilité d’une maison.

Un diagnostic et aussi des recommandations

Avec aujourd’hui plus d’une maison sur deux exposée à l’aléa argile (fort ou moyen), le diagnostic ne peut se contenter d’un état des lieux. L’objectif est aussi de proposer des mesures pertinentes. La MRN imagine des recommandations types pour approfondir le diagnostic, agir sur la structure du bâti, sur la gestion des eaux pluviales, la végétation environnante, etc. À chaque fois, avec des estimations de coûts, et ses bénéfices.

Par exemple, lorsque le terrain est en pente, l’installation d’un caniveau à grille en amont d’une terrasse peut se révéler bénéfique. Éviter une surventilation du vide sanitaire, qui va se traduire une déshydratation des sols, supprimer un arbre trop haut et trop proche de la maison… La prévention contre le phénomène RGA n’exige pas forcément de travaux lourds comme une reprise des fondations. Pour quelques centaines d’euros, parfois, certaines mesures peuvent aussi contribuer à limiter ce phénomène RGA sans être une protection absolue.

Le travail mené par la MRN s’inscrit dans une réflexion plus globale menée par les assureurs confrontés à une explosion des coûts de sinistralité liées aux RGA. Comment limiter ce fléau appelé à prospérer avec le réchauffement climatique? Il y a urgence. Avec 3,5 milliards d’euros désormais pour la seule année 2023, et 3,3 millions de maisons exposées à un risque RGA fort, le phénomène devient « désormais le risque le plus coûteux du régime des catastrophes naturelles (Cat Nat) et pourrait encore s’accentuer du fait du changement climatique », expliquent les auteurs du rapport.

France assureurs s’est livré à des projections, sur la période 2020-2050, le coût cumulé des dommages liés au RGA pourrait tripler et atteindre 43 milliards d’euros. Autant dire que certaines maisons dans des zones particulièrement exposées risquent demain d’être difficilement assurables. À moins bien sûr, que leurs propriétaires n’aient réalisé un diagnostic et mis en œuvre les mesures préconisées pour réduire leur exposition au risque.

Diagnostic pour l’adaptation des habitations au retrait-gonflement des argiles avant dommages, Mission risques naturels, novembre 2023.

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