Rénovation énergétique : la massification passe par l’industrialisation de la filière

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Comment parvenir à une rénovation qui soit à la fois massive et qualitative? Dans un récent livre blanc, le Conseil national de l’industrie chargé de conseiller les pouvoirs publics, explore de nouvelles pistes. Pour doper les rénovations performantes, les industriels préconisent un changement de méthode avec trois chantiers d’innovations de rupture. La filière doit notamment s’inspirer de ce qui est réalisé pour la voiture électrique avec les giga-factories.

Tout le monde (ou presque) le répète à l’envi depuis des années. Pour rénover efficacement et aspirer réellement à la décarbonation, il n’y a que la rénovation globale. Facile à dire, plus difficile à mettre en œuvre. Et les contre-performances de MaPrimeRénov’ sur les premiers mois de 2024 en sont une flagrante illustration. Alors que la prime vedette du gouvernement, levier principal de la rénovation des logements, était censée doper les rénovations performantes, le dispositif patine contraignant le gouvernement à rétropédaler. L’objectif de 900.000 rénovations globales espérées dès 2030 semble encore très loin.

Comment accélérer la cadence ? Les industriels de la construction apportent leur pierre à l’édifice. Du développement de la filière des matériaux biosourcés, au réemploi et l’éco-conception en passant par amélioration du confort d’été face à l’accélération du réchauffement climatique, beaucoup de choses ont déjà été dites. Mais le Conseil national de l’industrie voit plus loin avec trois chantiers d’innovations pour booster ces rénovations globales tout en garantissant leur qualité.

Garantir l’amélioration de la performance énergétique

Le premier de ces trois chantiers, c’est la garantie de performance. L’assurance d’économies sonnantes et trébuchantes, peut se révéler déterminante dans le passage à l’acte du propriétaire. Le Conseil national de l’industrie propose donc de lever le « verrou de la qualité de performance ». « Ce verrou est commun au public et au privé, mais il prend une importance particulière dans le privé en bloquant la prise de décision en l’absence de certitude sur le résultat », relèvent les auteurs du livre blanc.

En clair, que les économies annoncées avant un projet de rénovation, susceptibles de participer à l’amortissement du chantier, soient réelles. On tranche ici avec les simulations qui existent aujourd’hui avec le DPE ou l’audit énergétique et qui reposent sur des approches purement théoriques à partir de consommations standardisées.

« Le premier objectif à atteindre serait de garantir une performance intrinsèque et d’accompagner un usage vertueux du bâtiment par l’utilisateur final. » Cette garantie serait rendue possible par des méthodes de contrôle en cours de chantier, mais aussi à l’issue des travaux, en s’inspirant de la méthode Sereine développée par le CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment). Opérationnelle depuis 2021, cette solution mesure la performance réelle à la réception des travaux. Pour les auteurs du rapport, la garantie de l’atteinte d’une performance énergétique minimum intégrant le confort d’été, pourrait alors couverte par les assureurs.

Une approche « standard » de la rénovation

Pour doper les chantiers, le livre blanc propose également de standardiser la rénovation. Grâce au DPE et à l’audit, la connaissance du parc s’accroît de jour en jour, elle doit être mise à profit. « La meilleure connaissance des bâtiments et le savoir-faire accumulé par les bureaux d’études, les autres professionnels de la conception de travaux de rénovation performante (niveau A ou B) et les entreprises réalisant les travaux, devrait être mise à profit pour élaborer des approches « standard » de rénovation. »

Les auteurs du livre blanc imaginent ainsi des « des bouquets de travaux types », « des solutions de rénovation globale par typologie de bâtiment ». Bien sûr, le logement n’est pas une voiture, la standardisation a ses limites. « Cette approche devra être adaptée aux particularités des bâtiments à rénover. Les standards devront certes être modulés au cas par cas en fonction des chantiers, mais constitueront une base permettant d’estimer les coûts de travaux et la rentabilité des opérations de rénovation. »

La réflexion porte aussi sur les modes constructifs où les auteurs prônent une véritable rupture. L’innovation est à la fois technique avec le développement de solutions pour la performance énergétique, et notamment le confort d’été, le réemploi des matériaux, la végétalisation ou l’intégration des énergies renouvelables. L’innovation se trouve également dans l’approche même de cette rénovation. « Il n’y a actuellement aucun changement de modèle économico-technique de la rénovation. Or, ce changement est impératif pour permettre la massification. (…) Le pilotage par le financement plutôt que par la technique permettra de faire émerger les conditions de la soutenabilité. »

Favoriser le changement culturel

Avec une stratégie de rénovation globale et performante territorialisée, l’objectif est bien de faire émerger de nouveaux acteurs et de provoquer d’un changement culturel. Les collectivités ont un grand rôle à jouer dans cette rénovation, les auteurs invitent à passer d’un « maire constructeur » à un « maire rénovateur ». « Les enjeux climat vont forcément faire émerger dans la durée, une nouvelle culture de l’investissement public fondée sur une logique d’optimisation du patrimoine et non plus d’accumulation du patrimoine. »

Pour développer de nouveaux outils à destination des pouvoirs publics, les industriels comptent aussi sur le numérique, et tout particulièrement l’intelligence artificielle entrevue comme une réponse face à la complexification des projets. Cette IA pourrait à la fois aider à l’orientation des politiques stratégiques territoriales, mais aussi sur les chantiers pour la prise de décision, ou l’intégration des usages tout au long de la vie du bâtiment. « Pour mémoire près de 95 % des entreprises du bâtiment ont un effectif de moins de 10 salariés et interviennent sur des chantiers de rénovation de plus en plus complexes. » Concrètement, l’IA pourrait par exemple aider l’artisan dans le dimensionnement des équipements, ou dans la conception pour optimiser le projet de rénovation, en croisant des données de financement, et des bouquets de gestes.

L’enjeu est bien là, créer de nouveaux outils, standardiser, industrialiser le processus de rénovation dans son ensemble, pour encourager une rénovation globale efficace. Les auteurs du rapport s’inspirent de ce qui est fait en matière d’électrification de la voiture : « Il convient de rappeler une règle de l’industrie « traditionnelle » : en doublant le volume, on peut baisser les coûts jusqu’à 20 % ». Et ainsi peut-être lever le frein du reste à charge, encore rédhibitoire pour nombre de ménages.

« Pour une filière de la rénovation globale et performante des bâtiments », Comité Stratégique de Filière — Industrie Pour la Construction (CSF IPC), mai 2024.

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