Rénover son logement oui, mais gare aux contre-performances

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Si la rénovation énergétique est nécessaire, celle-ci ne doit pas être mise en œuvre de n’importe quelle façon. L’Ademe a récemment publié un guide intitulé « Travaux par étapes : les points de vigilance », afin de mettre en garde les ménages contre les dangers des rénovations dites “mono-gestes”, encore trop nombreuses et se révélant malheureusement assez peu efficaces.

Au fil des 146 pages composant son nouveau guide, l’Ademe présente 69 fiches à destination des particuliers afin de les aider à « corriger ou anticiper une rénovation en plusieurs fois ». Quelle que soit la partie du logement concernée (murs, toitures, sols, fenêtres, systèmes de chauffage, ventilation…), le guide insiste sur les points de vigilance, et illustre ce que peut donner une rénovation mal mise en œuvre, mal pensée.

Fiche « Isolation des murs par l’extérieur avant isolation des rampants »

En se voulant aussi exhaustive, l’Ademe souhaite sensibiliser les ménages aux risques de la juxtaposition de plusieurs travaux (menés parfois à plusieurs années d’intervalle) au détriment d’une rénovation globale, réalisée en une seule étape.

Rénovation globale vs rénovation par étapes

Pour illustrer les différences entre une rénovation globale et un projet de travaux réalisé en plusieurs étapes, une étude de cas est mise en avant dans le rapport « La Rénovation performante par étapes » publié par Dorémi et Enertech en 2021.

L’exemple est celui d’un ménage habitant une maison des années 60 classée G au DPE. Au fil des ans, ils ont réalisé différents travaux de rénovation: installation de pompe à chaleur, isolation des combles à 1 euro, etc. S’ils ont pu bénéficier d’aides mises en place par l’État (MaPrimeRénov’, CEE, éco-PTZ) et ont vu leurs factures diminuer chaque année, mais les travaux ont fini par occasionner des dégâts avec l’apparition de moisissures. Donc des travaux engendrant des coûts supplémentaires. Au total, les frais à leur charge se sont élevés à 7.400 euros, le tout pour des travaux se révélant finalement inefficaces.

Leurs voisins, habitant un logement similaire, ont eux fait le choix d’une rénovation complète en une seule fois, en réalisant les mêmes travaux et en sollicitant les mêmes aides. Le temps de retour a été sur le moment plus long que pour leurs voisins, les travaux ont été efficaces et n’ont sollicité aucun apport personnel de leur part. De plus, le gain sur leur facture énergétique (239 euros/mois de moins) a largement compensé les mensualités de l’éco-PTZ (167 euros/mois).

Les bienfaits d’une rénovation globale en une seule étape (Ademe).

Huit travaux de rénovation énergétique sur 10 ne seraient pas suffisamment efficaces

Selon le rapport Dorémi – Enertech, les rénovations non performantes semblent encore représenter la majorité des travaux entrepris. On y apprend effectivement que « seulement 25% de ces projets ont permis de sauter au moins une classe de DPE » et par conséquent que « 5% des travaux réalisés ont un impact énergétique jugé important ». Ainsi, trois logements sur quatre ne changeraient pas de classe énergétique après des travaux de rénovation. Cela s’expliquerait par le fait que huit travaux de rénovation énergétique sur 10 se révéleraient être des actions dites « mono gestes », qui ne seraient donc pas assez efficaces pour permettre au logement d’être moins énergivore.

Saut de classes DPE énergie pour les travaux engagés par les ménages, rait de l’étude ADEME TREMI, 2018

Cette tendance menace même de perturber les enjeux de la rénovation. S’il parait difficile à ce rythme de venir à bout des passoires énergétiques à la location d’ici 2028 (comme l’ambitionne la Loi Climat et Résilience du 22 août 2021), l’étude Dorémi-Enertech ne se veut pas pour autant fataliste. Ses auteurs proposent à ce titre plusieurs “évolutions souhaitables des dispositifs d’accompagnement et de financement de la rénovation énergétique” en “soutenant la montée en compétence et l’accompagnement des professionnels dans leurs changements de pratiques“, en intégrant la notion de performance à la communication nationale sur la rénovation et surtout en “densifiant le dispositif d’information, conseil et accompagnement des ménages“. Cette dernière proposition semble depuis avoir été entendue, comme en atteste la naissance du dispositif France Rénov’ et du rôle de MonAccompagnateurRénov’.

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