DPE, c’est toujours la faute du diagnostiqueur

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Après 60 Millions de consommateurs, Que Choisir enfonce le clou. Le diagnostiqueur depuis 15 ans a toujours été un bon client pour la presse consumériste, et avec le poids pris par le DPE, il risque d’être encore plus chouchouté à l’avenir. Dans cette nouvelle enquête, Que Choisir crie au scandale et en appelle les pouvoirs publics à suspendre temporairement le DPE.

Que Choisir n’y va pas avec le dos de la cuillère : “aberration”, “scandale (…) d’ampleur nationale”, “horreur”, “royaume de l’incompétence”… Le diagnostic immobilier en prend pour son grade. La méthode est rodée, les diagnostiqueurs y ont déjà goûté à maintes reprises. On prend sept logements disséminés à travers la France, et pour chacun on va solliciter (piéger) cinq diagnostiqueurs, trois réseaux, deux indépendants. Résultats assurés, on passe au crible les rapports en égrenant tout un lot d’anomalies et d’incongruités. Effet garanti.

DPE, “roulette russe”

Verdict du magazine, sur un même bien, les diagnostiqueurs “ont été incapables de lui attribuer la même classe”. Une même maison peut ainsi écoper d’un D, E ou F. “Les consommations s’étalent de 220 à 391 kwh/m²/an et les émissions de CO2 sont multipliées par six…”La désignation d’un bien en tant que passoire thermique relève de la roulette russe.” À lire l’article, on se dit que c’est plutôt inquiétant lorsqu’on songe aux lourds enjeux qui pèsent désormais sur le DPE devenu censeur dans le logement. À lui de dire aujourd’hui si un propriétaire peut augmenter son loyer; à lui de dire aussi demain, si un logement peut être mis sur le marché de la location.

La charge de Que Choisir n’a rien d’étonnant. Quinze ans que le DPE existe, quinze ans qu’il se trouve dans le collimateur de la presse consumériste. Une chose a pourtant changé par rapport aux dernières enquêtes: cette fois, la méthode est à peine égratignée, c’est bien le professionnel qui est visé. Morceaux choisis : “les diagnostiqueurs ne peuvent plus se retrancher derrière les errements qui présentait le nouveau DPE à ses débuts”. “L’incompétence règne donc toujours en maître sur la profession.” Face à une telle “horreur“, Que Choisir recommande aux propriétaires de “faire réaliser d’autres DPE lorsque le premier est défavorable”, et suggère même aux pouvoirs publics de suspendre les diagnostics, “mesure la plus honnête”.

Forcément, en épluchant l’article, on peut trouver à redire. Qu’un même bien hérite de trois étiquettes différentes reste pour le moins problématique. Qu’importe que les opérateurs aient été confrontés à un poêle à fuel, une configuration qui ne court pas les rues. De même pour le bien BBC Effinergie qui se retrouve classé E par un diagnostiqueur quand les autres l’ont mis en B, ou l’opérateur qui recommande d’installer un chauffe-eau solaire alors que celui-ci existe déjà… Difficilement défendable.

Puissance de feu

Mais gare aux raccourcis. Car certaines erreurs dénoncées par le magazine consumériste pourraient même faire sourire: pas sûr que 16 ou 18 mm de lame d’air dans le double vitrage change véritablement la performance énergétique du bien. Une fois de plus, on semble oublier que le DPE reste une estimation de la performance énergétique, et non une étude thermique. Le coût n’est pas du tout le même entre les deux prestations. Nombre des critiques qui sont adressées aux professionnels portent d’ailleurs sur les recommandations qui par essence constituent des pistes d’amélioration, et sûrement pas une feuille de route des chantiers à mener: ce n’est pas la vocation du diagnostic, il y a justement l’audit pour ça. D’ailleurs, les recommandations du DPE ne sont pas opposables, ce qui n’empêche pas qu’elles soient pertinentes, bien entendu.

Mais le mal est sans doute fait. Que Choisir a la puissance de feu d’un croiseur, le diagnostiqueur en sait quelque chose: dans les années 2010, pareille enquête avait déclenché 150 à 200 questions de parlementaires et conduit les pouvoirs publics, sous la pression du politique, à plancher sur une réforme. En pleine crise énergétique, à l’orée du grand chantier de rénovation, l’enquête fait tâche.

Mais pour le coup, le ministère du Logement n’a pas attendu Que Choisir pour réunir tout le monde autour d’une table. Après la retentissante enquête de 60 Millions de consommateurs au printemps dernier, le ministère du Logement travaille déjà à une nouvelle amélioration du DPE. Une réunion à ce sujet avait justement lieu cette semaine avec les fédérations, les certificateurs, les organismes de formation… Parmi les pistes envisagées, il est question d’une journée de sensibilisation pour les opérateurs certifiés, d’une surveillance renforcée de la part des certificateurs, d’un référentiel commun pour les organismes de formation et de certification… Le DPE n’a donc pas fini d’évoluer.

1 Commentaire

  1. Il aurait été intéressant de savoir si chaque DPE avait son N° ADEME et s’il s’agissait de “vrais” diagnostiqueurs .. les faux (non certifiés) étant d’après plusieurs clients monnaie courante … Maintenant il est vrai que ces résultats n’en étonnent plus certains

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